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Economie : Canal Seine-Nord Europe : la France trace une nouvelle union avec l’Europe

Au nord de la France, la création d’un canal permettant de relier la Seine à l’Europe du Nord est actuellement en cours de réalisation. Alors que la phase effective des travaux ne devrait commencer qu’en 2008, les autorités publiques françaises et le secteur privé travaillent sur les aspects techniques, financiers et environnementaux d’un projet qui coule de source…

Sur la carte de France, en haut, le futur canal Nord Europe ne paye pas de mine. Ce n’est qu’un trait bleu, provisoirement tracé entre deux voies d’eaux. Cheminant paisiblement depuis Janville, au nord de Compiègne, jusqu’au Canal Dunkerke-Escaut, à l’est d’Arleux, ce projet n’est pas nouveau puisque les premières réflexions datent de…1975. Et pourtant, ce coup de crayon dessine le futur trait d’union entre les bassins de la Seine et de l’Oise avec celui du Nord de la France qui permettra de relier les réseaux fluviaux français à ceux de l’Europe du Nord… Mais ni le ministère des Transports ni les Voies Navigables de France (VNF) * ne versent dans l’image d’Epinal de la péniche qui suit paresseusement le fil de l’eau dans des canaux bucoliques. Ce projet de canal Seine-Nord Europe se situe sur le corridor de transport Nord Amsterdam-Paris qui, selon les prévisions de la Commission européenne, enregistrerait vers 2020 une croissance de trafic de l’ordre de 80 %. En France, le corridor nord écoule 15 % des marchandises qui transitent par voie terrestre à travers le territoire. Les échanges internationaux qu’il assure représentent le tiers du commerce extérieur exprimé en tonnes.

Concrètement, la France travaille actuellement au tracé de 105 kilomètres représentant rien moins qu’une liaison qui doit permettre de transporter près de 32 millions de tonnes de marchandises par an grâce à des bateaux fluviaux de dernière génération. Cela correspond à 25 % du trafic constaté actuellement sur l’autoroute A1, qui relie Paris à Lille, soit un poids lourd toutes les 20 secondes.

Pour accueillir ces convois à grand gabarit, les dimensions du futur canal laissent songeur. En effet, large de 54 mètres en surface et profond de 4,5 mètres, le canal doit être ponctué de 6 à 10 écluses alors qu’on ne compte pas les ponts devant être jetés tout au long de ce parcours et qui permettront de passer d’une rive à l’autre de cet ouvrage. Mais le jeu en vaut la chandelle puisque ce projet offre aux transporteurs la possibilité de faire transiter leurs marchandises à moindre coût.

Sûr et respectueux de l’environnement, le mode fluvial est très peu consommateur d’énergie et, avec la même quantité de carburant, il est possible de transporter les marchandises par voie fluviale sur une distance 5,5 fois plus longue qu’avec la route et plus de deux fois plus longue que par train. Cette caractéristique va de pair avec une faible pollution, tant atmosphérique que sonore. En outre, la fluidité du trafic sur les voies navigables contribue à la fiabilité des transports.

Ainsi, constituant une alternative qui contribue à limiter l’essor du mode routier, le mode fluvial représente des enjeux économiques et environnementaux de taille ! En effet, François Bordy, président de VNF, insiste sur le fait que « l’intérêt de la voie d’eau est renforcé par son caractère multi-usages avec gestion hydraulique, hydroélectricité, transfert d’eau, gestion des crues, tourisme… ».

Mais avant d’accueillir des bateaux de 4 400 tonnes, des millions de m3 de terre doivent encore être pelletés, et les travaux ne sont pas encore entrés dans leur phase effective puisque le projet n’est censé voir le jour qu’à l’horizon… 2012, après quatre années de chantier. Aujourd’hui le tracé définitif est en phase de finalisation et la consultation préalable des populations concernées devrait se terminer dans les mois à venir. Le financement de cette liaison, retenue avec une trentaine d’autres projets dans le cadre du réseau trans-européen de transport (RTE-T), pourrait même être l’objet d’un contrat de partenariat public-privé (PPP) dans lequel la part du secteur privé pourrait atteindre 20 à 25 % des 3,3 milliards d’euros.

Les études réalisées par VNF en 1998 et 1999 estiment à 9.760 le nombre d’emplois qui seront directement générés par les travaux de réalisation du canal Seine-Nord Europe, soit environ pendant 5 ans. Le canal achevé permettra aussi le développement de nouvelles activités liées à la logistique ou encore au tourisme fluvial et à l’horizon 2050 ce sont entre 35.000 et 45.000 personnes qui travailleront directement ou indirectement grâce au canal… Mais d’ici là, de l’eau aura coulé sous les ponts !

Bruno Gimmig

* Voies Navigables de France gère, exploite, modernise et développe le plus grand réseau européen de voies navigables (6 700 km de canaux et rivières aménagés). Etablissement public sous la tutelle du ministère de l’Equipement, des Transports, de l’Aménagement du territoire, du Tourisme et de la Mer, il collabore avec les partenaires institutionnels et les usagers de la voie d’eau et concourt ainsi à l’ensemble des politiques de préservation environnementale et au développement durable.

Site Internet du projet : http://www.seine-nord-europe.com/

Dernière mise à jour : 17.03.2006