Discours de George Osborne à la Royal Society

1. Les déclarations

Le 9 novembre 2012 à la Royal Society, George Osborne a annoncé les ambitions gouvernementales en matière de science et d’innovation pour les années à venir.

Le ministre a reconnu le rôle crucial de la science et de la recherche fondamentale dans la création d’une croissance économique robuste. Il s’est cependant principalement focalisé sur la réflexion actuelle du gouvernement concernant la meilleure manière d’accélérer les retombées économiques émergeant des avancées scientifiques et de l’innovation et ainsi favorisant la croissance économique du pays.

Dans la lignée des annonces de Vince Cable, Ministre du Business, de l’innovation et des compétences, lors de son discours sur la politique industrielle en septembre dernier, George Osborne a ainsi déclaré que les priorités du gouvernement étaient de soutenir des thématiques dans lesquelles le Royaume-Uni excelle ou est déjà leader mondial (« pick winner »).

Ce sont ainsi huit thématiques et larges groupes de technologies qui ont été envisagés, à savoir :

• les « big data » et l’informatique efficace énergétiquement ;
• la biologie de synthèse ;
• la médecine régénérative ;
• les sciences agronomes ;
• le stockage de l’énergie ;
• les matériaux avances et les nanotechnologies ;
• la robotique et les systèmes autonomes ;
• les satellites et les applications commerciales de l’espace.

Parmi ces thématiques, certaines avaient reçu des financements fléchés : 40 M£ pour la médecine régénérative (annoncés en mars 2012 lors de la publication de la stratégie du même nom) pour accélérer la translation et les applications commerciales ; 50 M£ pour accélérer le développement des processus et technologies de manufacture du graphène (annoncés en février 2012 et fléchés via l’Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC, Conseil pour la recherche en sciences physique et de l’ingénieur) et le Technology Strategy Board (TSB, Agence de l’innovation) ;
Les engagements financiers nouveaux annoncés par George Osborne le 9 novembre lors de son discours pour la science concernent :

i) un investissement neuf de 20 M£ pour la biologie de synthèse, qui sera fléché vers les universités de pointe dans le domaine
ii) une augmentation des dépenses pour la recherche sur les applications spatiales de 70 M£ annuels, fléchés pour des projets émanant de l’ESA. Le Royaume-Uni investirait alors 240 M£ annuels dans ce domaine pour les cinq ans à venir.

2. Les réactions

Si les réactions ont été positivement unanimes sur la déclaration du rôle crucial de la science et de l’innovation dans la croissance économique du pays, c’est sans surprise que les avis ont divergé selon qu’ils étaient donnés par des universitaires ou des membres de sociétés savantes, ou encore des parties prenantes davantage impliquées dans les applications et la translation de la recherche.

Tous s’accordent sur la nécessité de créer le meilleur environnement possible pour générer un vivier favorable à l’innovation. Les voix du premier groupe s’inquiète cependant du fait que le budget de la science, gelé en 2010, a de fait diminué de 7,6 % en termes réels en raison d’une forte inflation ces deux dernières années.

Ainsi, le président de la Royal Society, Professeur Sir Paul Nurse, a immédiatement répondu au ministre, « Merci de votre discours extrêmement important, mais je vous prie de tenir vos promesses en matière de financement (« do not forget to put your money where your mouth is »). Il est nécessaire d’augmenter l’investissement de base en science au niveau de nos compétiteurs ».
Mark Walport, Directeur Général du Wellcome Trust, s’est dit encouragé d’entendre le Chancelier de l’Echiquier souligner l’importance de la science et le besoin soutenu d’investissement, également dans ces périodes difficiles de contraintes financières.
Imran Khan, Directeur de « Campaign for Science and Engineering » (organisation apolitique exprimant l’opinion d’une large proportion de la communauté scientifique et de l’ingénierie, de façon constructive, critique et rigoureuse), a souligné l’importance de ce discours en particulier l’engagement du gouvernement à créer des investissements neufs dans certains secteurs tels les infrastructures.
Les commentaires de Wendy Piatt, Directeur Général du Russell Group (20 des 30 meilleures universités de recherche au Royaume-Uni), sont largement positifs : les investissements annoncés par le Chancelier de l’Echiquier, notamment pour la biologie de synthèse, seront alloués en majorité aux universités qui en font partie.

Les réactions plutôt négatives tiennent au sentiment, assez généralisé, que le gouvernement de coalition a décidé, dans le secteur de l’innovation comme dans sa politique industrielle, de choisir lui-même des vainqueurs. Or, si cette tendance n’est pas entièrement nouvelle, elle rappelle l’approche suivie par le parti travailliste dans les années 70, qui n’avait pas fonctionnée. Les scientifiques, soutenus par les sociétés savantes et autres académies nationales, continuent de déclarer haut et fort qu’ils ne souhaitent pas qu’on leur dise à quelles thématiques ils doivent s’intéresser.

Source :

http://www.hm-treasury.gov.uk/speech_chx_091112.htm, Royal Society, 09/11/12, www.royalsoc.ac.uk, Russell Group, 10/11/12, www.russellgroup.ac.uk

publié le 01/09/2015

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