Centre de sport-études de football situé à 80 km de Dakar, au Sénégal, l’Institut Diambars vient de s’enrichir d’une école virtuelle qui permet aux élèves de suivre des cours par ordinateur pendant leurs tournois en Europe. Ce projet pédagogique, à l’initiative de trois champions de football français et d’un entrepreneur de Dakar, est destiné à des jeunes sénégalais de 13 ans pour une durée de cinq ans.
Implanté sur les quinze hectares du centre balnéaire de Saly, à 80 km de Dakar, l’Institut Diambars mêle l’apprentissage du football à l’enseignement scolaire. L’idée plutôt originale de ce projet est née de la persévérance de Jean-Marc Adjovi-Boco, l’ancien joueur professionnel français du Racing Club de Lens et du soutien de prestigieux parrains comme Patrick Vieira et Bernard Lama. L’objectif est concret. “Notre but est de faire du football un moteur d’éducation. Mais nous savons que seulement 20 % des jeunes de Diambars seront footballeurs professionnels. Nous tenons à ce que les autres puissent avoir une véritable insertion sociale”, explique Jean-Marc Adjovi-Boco, directeur de l’Institut Diambars, dont il est le co-fondateur avec Bernard Lama (président) et Patrick Vieira. L’institution scolaire fait partie intégrante du concept du centre de formation. N’étant pas appelés à devenir tous des joueurs professionnels, Diambars met tout en oeuvre pour que les jeunes puissent choisir et bâtir leur vie à l’issue de leur formation. Car qui dit réussite, dit éducation.
L’Institut accueille chaque année une promotion de 18 élèves, sélectionnés pour leurs aptitudes “footballistiques”. Ils ont 13 ans et rêvent de devenir des champions de football. Les footballeurs en herbe sont triés sur le volet pour leurs qualités sportives (la sélection porte sur 3.000 à 4.000 candidats), mais le centre s’engage, pendant une durée de cinq ans, à leur dispenser une formation scolaire. “Tous les jeunes qui entrent dans ce centre vont terminer leur cursus. Nous devons donc nous investir sur chacun d’eux”, affirme Saer Seck, président de Diambars Sénégal. Diambars, en wolof, signifie “guerriers”, au sens noble de “samouraïs”. “Rendre au football ce qu’il nous a donné” : c’est la philosophie qui anime Bernard Lama, Patrick Vieira, Saer Seck et Jean-Marc Adjovi-Boco. Une philosophie qui s’exprime aussi dans la construction de partenariats.
D’un coût de 7 millions d’euros, étalé sur cinq ans, le projet Diambars, qui a vu le jour en novembre 2003, est soutenu par la Région Nord-Pas-de-Calais, le ministère français des Affaires étrangères, l’Unesco, l’Etat sénégalais et de grands groupes comme Air France et Adidas. Les enfants commencent le football tôt le matin, à 7 heures, ils vont ensuite en cours, puis encore l’après-midi. Et au bout de cinq années, le but est d’avoir réussi à en faire des hommes. “On prend en charge leur éducation et on les aide une fois qu’ils ont terminé leurs études. Le football est un moyen et non pas une fin”, observe Jean-Marc Adjovi-Boco.
Pour mener à bien ce projet généreux, Jean-Marc Adjovi-Boco a souhaité acquérir des compétences en management de projet, gestion, finances et marketing auprès de l’École Supérieure de Commerce de Lille, dans le nord de la France, l’ESC Lille, où il a obtenu en 2001 son diplôme. Au printemps 2003, le coup d’envoi de l’Institut Diambars a été donné à l’ESC Lille, lors d’une conférence de presse largement médiatisée, où fut posée la première pierre de l’Institut. L’ESC Lille poursuit actuellement son partenariat avec l’Institut Diambars.
Les programmes pédagogiques sont conçus pour s’adapter au niveau et aux besoins de chacun. Issus pour la plupart de milieux défavorisés, certains élèves commencent par apprendre les fondamentaux : lire, écrire, compter. D’autres, plus initiés, découvrent l’histoire, les langues, les sciences, l’informatique.
La formation vient de franchir, cette année, une étape importante en s’appuyant largement sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Jean-Luc Muracciole, directeur pédagogique du site Internet, a restructuré complètement l’organisation des cours et développé une école en ligne francophone permettant d’accueillir les cours allant de la sixième à la terminale. Contraints de se déplacer lors de tournois européens, les élèves peuvent ainsi prendre leurs cours sur le Web. “On est sur une vraie égalité des chances et de partage du savoir. Les élèves apprennent vite. Ils sont associés au projet”, indique Jean-Luc Muracciole. Voyant dans les nouvelles technologies une arme contre l’échec scolaire, l’enseignant français, qui pendant de nombreuses années a enseigné dans une classe d’élèves en difficulté dans un lycée à Reims, a doté le site pédagogique de traducteurs multilingues, de dictionnaires, de cartes géographiques et de liens Internet.
De nombreuses disciplines y sont enseignées, de l’économie aux mathématiques, en passant par l’histoire des religions ou par les langues. Elles tournent autour de problématiques universelles telles que la vitesse, la pesanteur, l’eau, le paysage, la famille ou le sport. “La structure des cours est basée sur la “transversalité”, plutôt que sur la verticalité traditionnelle. Mais la connaissance nécessaire au passage des examens est conservée ; seule la présentation, proche du quotidien, a été remodelée. Les jeunes peuvent ainsi comprendre les grands enjeux du monde dans lequel ils vivent”, observe Jean-Luc Muracciole. Chaque élève est muni d’une sacoche pédagogique équipée d’outils virtuels. Les cours sont téléchargeables. “Le son a toute son importance. En Afrique, il y a une tradition orale. Il ne faut pas la perdre”, reprend Jean-Luc Muracciole. Les professeurs de Diambars ont aussi leur site. Il constitue une base qu’ils peuvent enrichir grâce à un système de modification des contenus, après validation des responsables pédagogiques. Mais ils restent maîtres de choisir ou non les passerelles tracées entre les matières. Imaginé par l’architecte sénégalaise Ramatoulaye Diagne Sall Sao, l’Institut Diambars a été conçu selon la forme et les dimensions d’un terrain de football. Les locaux sont vraiment très beaux. À chaque extrémité, on trouve le bâtiment médico-sportif d’un côté, le bâtiment administratif et les salles de cours de l’autre. Reste à construire, au centre du terrain, un ballon rond de 17 mètres qui accueillera un amphitéâtre, un restaurant et une salle de réception.
Tous les étés, les jeunes étudiants sénégalais, dont le transport est assuré gratuitement par Air France, partent en Europe pendant deux mois. Après une série de tournois en Espagne et en Norvège, ils sont accueillis par des familles de la région Région Nord-Pas-de-Calais qui, bénévolement, acceptent de recevoir ces jeunes pour leur faire vivre un séjour en France.
Ce lieu d’expérimentation pédagogique en ligne pourrait faire des émules : l’équipe de Diambars a été contactée par la Fédération française de tennis de table et par la Fondation sport d’Axa Assurances. De quoi transmettre une méthode d’enseignement nouvelle. Une équipe de philosophes et de scientifiques est même à l’étude sur un projet de niveau international.
Annik Bianchini
Site Internet : www.diambars.com
Dernière mise à jour : 17.03.2006