On le savait depuis longtemps, les colonies de fourmis sont des structures très organisées et hiérarchisées au sein desquelles chaque caste sociale possède un rôle et une activité très spécifiques pour participer au bien-être de la colonie dans son ensemble. Deux chercheurs de l’Université de Bristol ont publié dans la revue scientifique Animal Behaviour du mois de juin 2007 une découverte corroborant ce fait.

Leur étude a consisté à observer des armées de fourmis des régions tropicales des Amériques Centrale et du Sud, notamment l’espèce Eciton burchellii. Ces armées peuvent compter jusqu’à 200 000 individus lorsqu’elles se mettent en chasse de nourriture qu’elles rapportent à la fourmilière, en particulier pour le développement des jeunes. Lors de ces « raids carnassiers », les fourmis soldats se déplacent en file indienne dans des terrains escarpés et encombrés de feuilles et de branchages. Les docteur Powell et professeur Franks, auteurs de cette étude, rapportent que pour faciliter le passage des fourmis soldats, certaines fourmis comblent les irrégularités du terrain à l’aide de leur propre corps. Au cours des expériences qu’ils ont menées, ils ont créé artificiellement des trous de différentes tailles dans des planches de bois le long desquelles les armées de fourmis se déplaçaient. De manière intéressante, ils ont constaté qu’il existait une corrélation entre la taille des individus venant combler les trous et la taille des trous.
Par ailleurs, en améliorant la surface du sol par les « bouchons » qu’elles forment, ces fourmis non seulement facilitaient la tâche des autres membres de la colonie mais également permettaient l’accélération du retour de la nourriture vers la fourmilière, et par conséquent la quantité qui y est rapportée quotidiennement. Le sacrifice des fourmis « bouche-trou » n’est que de « courte » durée car elles rejoignent le bout de la file quand il est temps de rentrer à la fourmilière.
Cette étude démontre pour la première fois de manière quantitative que dans les sociétés animales, une spécialisation extrême par une minorité peut améliorer de façon significative la performance de la majorité. Il semble donc de la plus grande importance de prendre en considération les aspects de l’écologie et de l’évolution historique dans l’étude de l’organisation sociale des sociétés animales.
Source : Univerity of Bristol, 27/05/07, http://www.bris.ac.uk/news/2007/546... ; http://www.alphagalileo.org/nontext...