Déclaration du Président Sarkozy sur le sommet UE-Ukraine

SOMMET UNION EUROPEENNE - UKRAINE CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, DU PRESIDENT D’UKRAINE, M. VIKTOR IOUCHTCHENKO, ET DU PRESIDENT DE LA COMMISSION EUROPEENNE, M. JOSE MANUEL BARROSO
- PROPOS DE M. SARKOZY -

(Paris, 9 septembre 2008)

Mesdames et Messieurs,

Avec le président Iouchtchenko, à qui je veux souhaiter à nouveau la bienvenue, le président Barroso, Javier Solana, Bernard Kouchner, Mme Benita Ferrero-Waldner, M. Mandelson, nous venons d’avoir des échanges approfondis, particulièrement constructifs qui nous permettent d’affirmer que ce sommet entre l’Union européenne et l’Ukraine marquera une date déterminante dans l’histoire des relations entre l’Union et l’Ukraine. Cette relation est déjà très dense. Nous voulons qu’elle s’approfondisse. Nous voulons qu’elle devienne une relation exceptionnelle. Pour cela, nous avons pris un certain nombre de décisions qui définissent l’architecture de l’accord qui est en cours de négociation entre l’Union et l’Ukraine, accord qui sera conclu en 2009.

Ces décisions figurent dans une déclaration conjointe qui constitue donc le cadre politique du futur accord. Par cette déclaration, nous avons voulu dire trois choses essentielles.

D’abord que le futur accord entre l’Union européenne et l’Ukraine sera un accord d’associations, ce qui est un point très important et qui correspond à ce que souhaitait l’Ukraine.

Ensuite, nous disons solennellement que l’Ukraine est un pays européen qui partage, avec les pays de l’Union européenne, une histoire et des valeurs communes. Mesdames et Messieurs, c’est la première fois que l’Union européenne se prononce aussi clairement sur la vocation européenne de l’Ukraine. Et vous me permettrez de dire que j’en suis particulièrement heureux car j’ai toujours pensé, Monsieur le Président, que l’Ukraine est un pays européen.

Enfin, s’agissant des visas, sujet important pour les citoyens ukrainiens, nous disons que l’Union européenne est prête à ouvrir rapidement, c’est-à-dire sans attendre la conclusion des négociations sur l’accord, un dialogue avec l’Ukraine sur les conditions qui permettront d’établir, à terme, un régime sans visa. C’est un objectif ambitieux qui prendra du temps et pour lequel nous sommes déterminés à travailler ensemble.

Nous avons également eu des échanges approfondis, chacun peut le comprendre, sur l’actualité et, en particulier, sur la crise entre la Russie et la Géorgie. Je crois pouvoir dire que nous avons constaté une très grande convergence de vues entre l’Ukraine et l’Union européenne. Nous avons eu l’occasion de revenir sur la visite à Moscou et à Tbilissi que nous venons d’effectuer, M. Barroso, M. Solana, M. Kouchner et moi-même. J’avais oublié Jean-Pierre Jouyet, également ici, que je salue. Je ne reviendrai pas naturellement sur l’accord que nous avons conclu sauf si, bien sûr, il y avait des questions qui m’étaient posées.

Et puis, nous avons parlé d’énergie, des secteurs particuliers mais je crois que le président Barroso vous en rendra compte.

(…)

Mesdames et Messieurs, avant de répondre à vos questions. Je voudrais présenter des excuses auprès de la ville d’Evian, de ses autorités parce que nous avons été amenés hier à annuler au dernier moment, compte-tenu de la longueur des discussions qui nous ont occupés à Moscou et en Géorgie. Nous sommes, un certain nombre d’entre vous, comme nous, rentrés ce matin vers 5h15 et c’était compliqué de repartir tout de suite à Evian. Nos amis ukrainiens ont bien voulu accepter la réunion à Paris, je les en remercie et je dis à la ville d’Evian et à tous ceux qui étaient heureux de recevoir l’Ukraine et l’Europe que nous reviendrons. Ce n’est que partie remise.

Q - Monsieur le Président Sarkozy, vous avez parlé de la vocation européenne de l’Ukraine. Je voudrais savoir si cette vocation européenne va jusqu’à considérer l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne à court, moyen ou long terme. A vous de nous dire ce que vous en pensez.

R - Merci de laisser totalement libre ma réponse. Je ne parle pas en tant que président français, je ne parle pas en mon nom, je parle au nom de l’Union et donc je dis quelle est la position de l’Union. La position de l’Union, c’est la négociation d’un accord d’association précisant que cet accord d’association ne ferme aucune piste, que même il en ouvre. C’est la position de l’Union. L’Union a voulu, comme l’a dit le président Barroso, à ce moment bien précis de la situation dans la région, réaffirmer la communauté de valeurs, la communauté d’histoire, l’européanité au sens culturel du mot avec l’Ukraine. L’Union ne m’a pas autorisé à prendre d’autres décisions et à faire d’autres annonces. Mais les mots ont un sens, c’est la première fois qu’un tel vocabulaire est utilisé. Après, au sein du Conseil, il y a des positions différentes et la préoccupation du président Barroso comme la mienne, c’est l’unité de l’Europe, c’est d’ailleurs ce que nous avons expliqué à notre ami, le président ukrainien, que c’était le maximum où nous pouvions aller. Mais je crois que c’est déjà un pas substantiel.

(…)

Q - Monsieur le Président, vous disiez revenir effectivement de Moscou et de Tbilissi, quelle est votre appréciation de la situation spécifique à l’Ukraine ? Est-ce que, pour vous, il y a des craintes à avoir sur des volontés séparatistes là-bas, sur un regard particulier que porterait Moscou sur l’Ukraine ? Je voudrais la réponse des deux présidents parce que l’on veut en savoir plus sur vos appréciations.

(…)

R - Si l’Europe s’est dotée d’une volonté de développer un partenariat oriental ambitieux, c’est justement parce que l’Europe a conscience que, depuis trois siècles, cela bouge dans la région. Cela ne bouge pas depuis le 7 août, il y a des problèmes de frontières, il y a des problèmes de minorité, des problèmes de stabilité, il y a des problèmes de sécurité. Chacun l’a bien compris, chacun le sait bien. Je crois pouvoir dire que l’ambition du partenariat oriental, c’est de la part de l’Europe - puissance politique - une volonté d’apporter stabilité et sécurité dans la région. C’est un axe politique fort, qui n’est dirigé contre personne mais qui laisse à penser aux Européens que leur prospérité et leur sécurité dépendent aussi de la prospérité et de la stabilité et de la sécurité dans ces régions. Je le redis : nous voulons, nous l’Europe, des relations apaisées avec la Russie. Nous voulons nous comprendre par le dialogue, par la diplomatie et par la politique mais certainement pas par le militaire, certainement pas.

Vous m’avez posé une question sur l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Celle-ci est, aux yeux de l’Europe, parfaitement non négociable. D’ailleurs, dans les discussions que nous avons eues hier à Moscou, rien n’a pu me laisser penser que le problème se posait. Il y a suffisamment de problèmes qui sont posés pour qu’on ne fasse pas d’un côté ou de l’autre des procès d’intention.

Vous le voyez : partenariat oriental d’un côté, relations exceptionnelles et accords d’association avec l’Ukraine, médiation - c’est comme cela que l’on peut dire - active de l’Union européenne, force politique dans cette région et volonté, si tout se passe bien, de reprendre, à partir du 10 octobre, les discussions sur le partenariat stratégique avec la Russie.

Voilà la stratégie de l’Union européenne. Je pense que c’est la seule stratégie possible. Elle ne transige pas sur les principes et les convictions, elle fait toute sa place au dialogue. Finalement, si l’Europe peut apporter quelque chose au monde, c’est cette culture du compromis, de l’écoute et de l’attention à l’autre. Et à la volonté de travailler ensemble de façon apaisée avec ses voisins pour définir une communauté d’intérêts et non pas des oppositions systématiques. Voilà très exactement ce que l’on a essayé de faire.

(…)

Mesdames et Messieurs, merci infiniment./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

publié le 15/09/2008

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