Avril 2006
Alors que la France est lancée dans l’ère industrielle, des aventuriers imaginent de nouveaux lieux de vente. Aujourd’hui, plus de cent ans après la création de ces temples du commerce, les clients sont encore là. Devenues multinationales, ces entreprises parviennent toujours à leur procurer le summum du chic parisien.
Paris doit beaucoup au baron Haussmann. Haut fonctionnaire de la fin du XIXe siècle, il y a fait de grands travaux, percé de larges boulevards, réalisé de hauts immeubles bourgeois. En 1865, Jules Jaluzot profite de la construction de l’Opéra Garnier en plein Paris, pour installer tout à côté son nouveau magasin : "Le Printemps". Quinze ans plus tard, Théophile Bader et Alphonse Kahn ouvrent leurs "Galeries Lafayette" à la rue du même nom. Les grands magasins sont nés. Le grand écrivain français Emile Zola a très bien raconté ces débuts dans son roman "Au bonheur des dames". A ceci près qu’il ne s’est inspiré ni de MM. Jaluzot, Bader ou Kahn, mais de la vie d’Aristide Boucicaut. Vendeur dans une petite boutique, M. Boucicaut rachète en 1852 une petite affaire de la rive gauche située non loin de Saint-Germain des Prés, au cœur de Paris : "Le Bon Marché". Grâce à de nombreuses innovations commerciales, il va progressivement transformer cet endroit. Il en fait le nec plus ultra de la boutique et multiplie le chiffre d’affaires de ce commerce par plus de dix. Avec Boucicaut, on ne vend ni n’achète plus de la même manière et ses concurrents s’inspireront de ses trouvailles.
Pour prospérer et élargir la clientèle, tous souhaitent séduire la population la plus large possible : des petites ouvrières qui rêvent devant les richesses bourgeoises aux femmes d’industriels qui souhaitent se procurer les articles du dernier cri en provenance des quatre coins du monde. Si "Le Printemps", "Les Galeries Lafayette" et "Le Bon Marché" offrent des produits originaux, ils permettent également au chaland de circuler librement dans les allées sans rien acheter. Ce qui paraît banal aujourd’hui est à l’époque révolutionnaire ! Nos précurseurs ne s’arrêtent pas là. Ils veulent rendre accessibles les articles utilisés dans les hautes sphères de la société. Ils copient donc les tenues des élégantes. En les réalisant dans des matières moins coûteuses, ils peuvent les vendre moins cher et séduire une clientèle moins fortunée mais plus large. C’est un succès : grâce à eux, les employées s’emparent de la mode !
Aujourd’hui, les trois magasins sont encore à la pointe des innovations marketing. Tout en finesse, ils séduisent leur clientèle en l’accueillant dans des espaces toujours plus attractifs. Chacun d’eux divise leur maison en parcelles dédiées à des thématiques bien précises. Ainsi, tous ont maintenant leur secteur mode féminine, masculine, enfantine, jeune ou sportive, ils mettent également à disposition des coins beauté, lingerie ou habitat où l’on trouve des meubles et des objets ménagers. Mais si ces établissements sont 5 fois plus visités par les touristes que la Tour Eiffel, c’est peut-être parce qu’en plus de faire du lèche-vitrines, on peut y admirer des petits bijoux d’architecture. En effet, conçues il y a plus de cent ans, nos trois entreprises sont classées "monument historique". La coupole byzantine coiffant le centre des "Galeries Lafayette", celle du "Printemps", plus sobre, et les façades de ces deux endroits situés à quelques mètres l’un de l’autre, sont remarquables. L’architecture du "Bon Marché" confiée, au temps de sa création, à Gustave Eiffel et Louis Charles Boileau, n’a rien à leur envier.
Dans un même endroit, tout est réuni pour satisfaire les moindres désirs des clients. Un espace gastronomie permet de goûter aux meilleurs produits. Très courue, "La Grande Epicerie" du "Bon Marché" propose aussi des mets venus du Japon, des Etats-Unis ou du Royaume-Uni. Au "Lafayette Gourmet", les vins les plus fins, la charcuterie la plus rare, les meilleurs fromages, mais aussi les meilleures pâtisseries, sont servis par les meilleurs traiteurs… Si on a un peu de chance, on peut même bénéficier d’une dégustation gratuite ! Car ces magasins séduisent également leur clientèle en organisant des évènements. Tout au long de l’année, de nombreuses manifestations émaillent la vie de ces établissements. Au mois de décembre, par exemple, tout le monde se presse pour regarder les vitrines de Noël. Des jouets pour enfants y sont mis en scène et animés par des automates. Ils prennent presque vie sous le regard émerveillé des passants qui retombent en enfance. Outre les journées de remises spéciales, des défilés de mode ou des expositions photographiques attirent les curieux qui ne les fréquentent pas habituellement. Du coup on en oublierait parfois qu’ils sont aussi des lieux de vente… le comble de la réussite !
Anne-Laure Bell
Dernière mise à jour : 25.04.2006