Juin 2006
Les visiteurs étrangers qui feront honneur cette année au célébrissime Arc de Triomphe de Paris fêteront deux siècles d’histoire.
Le 15 août 1806 exactement, la première pierre de l’Arc de Triomphe de l’Etoile est posée. La construction d’un arc à la gloire des armées françaises est alors confiée à Jean-François Chalgrin. Pour célébrer ses victoires, Napoléon voulait un monument grandiose. Le projet de l’architecte sera à la hauteur de ses rêves. S’inspirant de l’Antiquité romaine, il mesure 50 mètres de hauteur et 45 mètres de largeur, avec d’imposants bas-reliefs. Colosse de pierre de plus de 70 000 tonnes, avec 137 mètres d’une frise qui fait le tour du monument, des personnages de deux mètres de haut et quatre bas-reliefs imposants.
Si le choix de la décoration de l’Arc fut l’objet de bien des péripéties, le choix de l’emplacement fut décisif pour la future topographie de la capitale française. La Place de l’Etoile n’était alors qu’une colline presque déserte, un carrefour champêtre qui dessinait déjà une étoile de cinq allées au milieu des pelouses, et les Champs-Élysées, un espace libre et à peu près vide. La décision d’ériger à cet endroit l’Arc de Triomphe préfigurait la prospérité du XIXème siècle et allait imprimer dans Paris des contours que nous lui connaissons encore, avec d’un côté, l’Est populaire arborant les monuments révolutionnaires, tels que la Colonne de Juillet sur la place de la Bastille, la Place de la République…, et de l’autre côté un ouest, riche et bourgeois, qui allait s’enorgueillir d’édifices nationaux militaires.
Autre temps, autres mœurs. La place du Trône, aujourd’hui Place de la Nation, avait accueilli, en 1659, Louis XIV qui conduisait Marie-Thérèse à Paris. C’est par l’Ouest que Napoléon, recevant l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, entre dans la capitale en 1810, sous l’Arc de Triomphe qu’il a commandé. Enfin, sous une esquisse… Car en 1810, les murs de l’Arc sortent à peine de terre, les fondations du colosse de pierre ont pris plus de deux ans… L’Arc de Triomphe n’est encore qu’un trompe-l’œil en bois et toile peinte, que l’architecte fait construire à l’occasion des cérémonies du mariage impérial, afin de montrer à l’Empereur ce que sera le monument une fois achevé.
Mais la construction sera interrompue lors des premières défaites de l’Empire et abandonnée sous la Restauration. Elle ne sera achevée que trente ans plus tard, et l’Arc inauguré le 29 juillet 1836, par Louis-Philippe, devenu roi des Français en 1830. Et c’est le chariot transportant la dépouille de Napoléon qui passera sous l’Arche le 15 décembre 1840. La cérémonie du transfert de ses cendres inaugure en quelque sorte un monument voué aux célébrations funéraires, un lieu de la mémoire de la patrie. Le corps de Victor Hugo est veillé sous l’Arc de Triomphe le 22 mai 1885. Au siècle suivant, après le cortège sous l’Arc des troupes victorieuses le 14 juillet 1919, a lieu l’inhumation d’un soldat inconnu mort durant la guerre. Nous sommes le 11 novembre 1920. Trois ans plus tard une flamme du souvenir est allumée en l’honneur des morts tombés à la guerre.
C’est en effet en 1919 que le Parlement décide d’honorer un soldat, mort à la guerre, dont le corps n’a pas pu être identifié. Les corps de huit soldats français non identifiés sont alors choisis et transportés dans la citadelle de Verdun. C’est à Auguste Thin, un soldat ayant perdu son père à la guerre, que va revenir le soin de désigner le cercueil qui sera amené à Paris. Depuis, un million de visiteurs s’inclinent chaque année sur la tombe du soldat inconnu. Quant à la flamme du souvenir sur sa tombe, elle est imaginée par un journaliste et critique littéraire du début du XXème siècle, Gabriel Boissy, et immédiatement approuvée par les hommes politiques et l’opinion publique, encore profondément marqués par la guerre et le terrible bilan des victimes.
Allumée pour la première fois en 1923 par André Maginot, ministre de la Guerre, cette flamme ne s’est jamais éteinte. Et, le saviez-vous ? Chaque soir, à 18 h30, elle est ravivée, selon un calendrier bien défini à l’avance, notamment par des représentants d’associations d’Anciens Combattants ou d’associations.
Des 150 monuments et musées parisiens ouverts au public, l’Arc de Triomphe est, avec la Tour Eiffel, le monument le plus visité de Paris. Un succès qui méritait bien le lifting qu’il s’est offert entre 2003 et 2005. Et pour toutes celles et ceux qui n’ont encore jamais pu voir l’Arc de Triomphe ou qui ne pourront pas fêter ses deux siècles d’histoire cet été, il leur sera peut-être possible de le (re)voir au cinéma. « On voit rarement l’Arc de Triomphe au cinéma, sauf dans les films américains », déclarait le cinéaste Jean-Luc Godard en 1962, dans un grand entretien aux Cahiers du Cinéma (1). Eh bien, le décor d’un des films culte du cinéaste français de la Nouvelle-Vague lui rend hommage, Il s’agit d’A Bout de Souffle. Normal pour un monument qui vous le coupe, justement. Mélina Gazsi
Ouvert :
du 1er avril au 30 septembre de 10 h00 à 23h
du 1er octobre au 31 mars de 10h à 22h30
Attention : fermeture des caisses 1/2 heure avant.
Fermé les 1er janvier, 1er mai, 8 mai (matin),14 juillet (matin), 11 novembre (matin) et 25 décembre
(1) Cahiers du cinéma n°138, Spécial Nouvelle Vague, décembre 1962
Dernière mise à jour : 16.06.2006