(Paris, 1er mars 2010)
Mesdames et Messieurs,
Je voudrais dire combien je suis heureux de recevoir pour la première fois à l’Elysée, le président Medvedev. Je le reçois comme un ami. La France considère la Russie comme un partenaire stratégique. La Russie est un pays ami de la France. J’ai eu l’occasion à de nombreuses reprises de travailler avec le président Medvedev et je veux dire que je lui fais confiance. Nous avons eu ensemble à régler des crises difficiles, douloureuses et nous l’avons fait. C’est donc un grand ami de la France qui vient ici.
Je voudrais dire un mot de nos discussions. Il y a d’abord, et je parle sous contrôle du président Medvedev mais il parlera juste après, une très grande identité de vues entre la Russie et la France sur les grands dossiers. Sur l’Iran, le président Medvedev m’a dit sa disponibilité sur la question des sanctions pour peu que celles-ci ne créent pas de drame humanitaire. Sur le Proche-Orient, où la Russie et la France travailleront ensemble, convaincus que nous sommes que l’immobilisme ne peut conduire qu’à la catastrophe. Sur le G20, dont la France assurera la Présidence avec le G8 dès la fin de cette année, nous prendrons avec le président Medvedev des initiatives pour poser les bases d’un nouveau système monétaire international. Sur le climat, où à Copenhague nous avons travaillé, je crois pouvoir le dire, absolument main dans la main. Sur le Haut-Karabach, où la Russie et la France travailleront ensemble pour pousser l’Arménie et l’Azerbaïdjan à travailler ensemble, à se comprendre. Sur la sécurité européenne, où nous sommes convaincus qu’il faut réfléchir différemment non pas en adversaires mais en partenaires. J’ai même dit au président Medvedev combien il était important sur des sujets sensibles comme ceux de l’Ossétie, que l’accord que nous avions signé en août 2008 soit strictement appliqué. Le président Medvedev m’a dit qu’il était tout à fait prêt à ce que précisément nous travaillions, France-Russie, ensemble pour faire avancer la résolution du problème.
Sur le plan bilatéral, les trois accords que nous avons signés sont extrêmement importants. Je précise que la France milite, je parle sous contrôle de Pierre Lellouche et Eric Besson, pour qu’il n’y ait plus de visa en Union européenne pour la Russie. C’est un engagement que j’avais pris avec le président Medvedev. Les engagements, il faut les prendre publiquement, et pas les prendre en privé, mais publiquement. C’est la position de la France, nous voulons aller vers un espace commun avec la Russie.
S’agissant des accords entre ALSTOM et son correspondant, ils sont extrêmement prometteurs. De la même façon qu’entre GAZPROM et GDF-SUEZ, dont je salue les dirigeants ici.
Nous avons décidé, s’agissant du BPC Mistral, que la France et la Russie entreraient à partir d’aujourd’hui en négociation exclusive sur quatre BPC Mistral, dont le premier serait construit à Saint-Nazaire, ce qui ne veut pas dire que les autres non, mais comme nous sommes en discussion entre nous.
Vous voyez c’est un dialogue extrêmement franc, extrêmement facile. Cela ne veut pas dire que nous sommes d’accord absolument sur tout. On peut avoir des points de désaccord mais il est très facile de discuter avec le président Medvedev. Et c’est l’intérêt de l’Europe que nous ne retombions pas dans cette période si difficile que fut la guerre froide. C’est très important. Je dois dire que nous devons soutenir les efforts de modernisation de la Fédération de Russie engagés par le président Medvedev.
Peut-être nous répondrons à vos questions et vous comprendrez que je dise au président Medvedev combien nous serons heureux de le recevoir pour le dîner d’Etat avec Carla, lui et son épouse, demain soir.
(…)
Q - La question s’adresse aux deux présidents. Le Président Sarkozy indique en ce qui concerne la sécurité européenne, que la Russie et la France doivent être partenaires. En quoi peut consister le partenariat et quelle est la position de la France en ce qui concerne les propositions russes et le Traité ? La deuxième question concerne le régime sans visa. M. Sarkozy vous avait dit que vous allez contrôler le processus et attendre la fin de ce processus.
(…)
R - Sur le régime sans visas, la France s’emploiera à convaincre ses partenaires de l’obtenir pour la Russie. Naturellement, nous demanderons la réciprocité. S’il n’y a pas de visa dans un sens, il ne doit pas y avoir de visa dans l’autre. C’est une position très claire, officielle de la France pour convaincre ses partenaires.
Deuxièmement, j’ai été l’un des premiers à considérer les propositions faites à Evian, il y a un an et demi, par le président Medvedev sur une nouvelle architecture de sécurité. Alors où en est-on et que peut-on faire ? La France est revenue dans le commandement intégré de l’OTAN, la France est l’alliée des Etats-Unis, mais j’ai dit au président Medvedev que la Russie n’avait rien à craindre de l’OTAN. Nous serons fidèles à notre alliance. Pour autant, n’a-t-on pas à réfléchir à ce que doit être l’architecture de sécurité du continent européen et de la Russie ? N’avons-nous pas des menaces communes ? Je pense par exemple au terrorisme. N’est-ce pas de notre intérêt de réfléchir à comment, dans une période où malheureusement tous nos budgets sont en déficit, avec tous les problèmes qu’ont nos finances publiques, qu’au lieu de travailler les uns contre les autres, l’on travaille ensemble ? N’est-ce pas cela que l’on attend de nous ? Et si on ne fait pas cela, pourquoi on est sorti de la guerre froide ?
Nous ne sommes plus dans la guerre froide. Je veux dire ma conviction que la Russie n’est pas l’adversaire, que la Russie est le partenaire. Je sais bien qu’il y a une histoire, l’histoire du continent. Je sais bien qu’il faut faire évoluer les idées du côté européen. Certains sont plus ou moins enthousiastes. Il faut les faire évoluer aussi du côté russe, certains sont plus ou moins enthousiastes. Mais à l’arrivée, si nous, les présidents, on ne pousse pas vers l’alliance, la compréhension, le respect mutuel, alors à quoi sert-on ? Il y a beaucoup de choses pour lesquelles on peut travailler ensemble dans le respect de nos alliances réciproques.
D’ailleurs, cela m’amène à dire un mot du BPC Mistral. C’est un navire de commandement, porte-hélicoptères que nous fabriquerons pour les Russes sans équipement militaire ; mais j’aimerais que l’on m’indique comment on peut dire aux dirigeants russes : "on a besoin de vous pour faire la paix, on a besoin de vous pour résoudre un certain nombre de crises dans le monde, notamment la crise iranienne qui est une crise très importante, mais on ne vous fait pas confiance, on ne travaille pas avec vous sur le Mistral, sur le BPC" ? Quelle est la cohérence d’un tel choix ? Peut-on dire le matin au président Medvedev : "je vous fais confiance, votez avec nous au Conseil de sécurité, élaborons ensemble la même résolution", puis l’après-midi lui dire : "non, non, excusez-nous, comme on ne vous fait pas confiance, on ne travaille pas ensemble et le BPC, on ne vous le livre pas". Quelle est la cohérence d’une telle position ? Nous voulons tourner la page de la guerre froide.
Vous savez, j’ai entendu beaucoup de gens écrire et parler sur les discussions que nous avons eues, le président Medvedev et moi, durant la crise d’août 2008. Je ne me suis pas exprimé en détail sur le sujet. Je pense qu’il a bien servi les intérêts de la Russie en demandant à l’armée russe de s’arrêter. Je pense que la France a défendu les intérêts de l’Europe et l’indépendance de la Géorgie en faisant ce que nous avons fait. On l’a fait sans utiliser nos armées, on l’a fait sans menace, on l’a fait par la diplomatie, par le dialogue. Cela n’a pas été simple, pas du tout, mais on a appris à se connaître et à avancer. Parce que derrière, dans notre continent, il y a toute l’histoire, elle pèse lourd. Il est venu le temps de tourner la page. Je crois pouvoir dire, sous le contrôle du président Medvedev, que sur cette réflexion sur la sécurité du continent, nous souhaitons y associer Mme Merkel et l’Allemagne. Le président Medvedev m’a indiqué quelles sont les conversations qu’il a eues avec Angela Merkel et nous prendrons des initiatives très certainement ensemble sur ce sujet.
Q - (…) Monsieur le Président Sarkozy, êtes-vous sur la même ligne que M. Medvedev ? Partagez-vous la même position après cette discussion aujourd’hui ? Et si je peux me permettre, juste une question sur le Proche-Orient, je sais que Moscou a proposé la tenue d’une conférence internationale sur le Proche-Orient il y a plusieurs mois, vous dénoncez l’immobilisme concernant la situation aujourd’hui au Proche-Orient. Il y a aussi des initiatives que la France peut-être annonçait. Où en est-on ? La France et la Russie vont-elles présenter une initiative commune sur le Proche-Orient ?
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R - Sur le Proche-Orient, complémentarité dans nos initiatives. Sur l’Iran, le président Medvedev parle de sanctions intelligentes, je dirais intelligentes et efficaces. Nos positions sont extrêmement proches et c’est extrêmement important.
Q - En développant le sujet iranien très activement dans le monde, on travaille sur le sujet de la non-prolifération. La Russie, vous connaissez, a des négociations avec les Etats-Unis et a beaucoup progressé en ce qui concerne le nouveau Traité sur les armes stratégiques. Comment appréciez-vous ce travail ? Quelles sont les perspectives de ce Traité ? Comment la France, pays européen, pourrait contribuer à ce travail sur la non-prolifération. En avez-vous en avez discuté ?
Deux précisions. La première en ce qui concerne le BPC, Monsieur le Président Sarkozy, vous avez parlé d’un premier exemplaire construit à Saint-Nazaire, cela veut-il dire que les autres exemplaires pourraient être construits en Russie ? Pour compléter la question de mon collègue russe, la France est-elle favorable à l’option zéro arme nucléaire défendue aujourd’hui par le président Obama et qui fait l’objet de discussions avec le président Medvedev ?
R - D’abord, la France se réjouit des discussions entre le président Obama et le président Medvedev. Elles vont dans le bon sens et c’est extrêmement positif. S’agissant de la France, elle avait montré le chemin en termes de réduction des arsenaux nucléaires. Je dis simplement une chose, comme je l’ai dit au président Obama, nous attendrons pour descendre en-dessous de notre niveau d’armes nucléaires que les Etats-Unis et la Russie soient arrivés au même niveau que nous. On les aime tellement qu’on avancera quand ils seront à notre niveau, c’est-à-dire à quelques centaines pour ne pas être trop précis. Nous montrerons le chemin après pour l’étape suivante. Mais tous les deux sont à quelques milliers. J’ai plaisir à vous le dire, si vous ne le saviez pas. Le chemin est important. En charge de la sécurité des Français, je n’abandonnerai pas la dissuasion française sans être certain que cela ne se passe pas partout. Je pense que tout dirigeant responsable doit réagir de cette façon. Je participerai aussi à New York au rendez-vous fixé par le président Obama à la grande Conférence sur la réduction des arsenaux nucléaires, ô combien nécessaires par ailleurs.
J’ai indiqué que le premier exemplaire serait fabriqué à Saint-Nazaire. Il est bien évident que nous sommes en négociation exclusive sur quatre. Donc un bon accord pour quelqu’un qui est très spécialiste des mathématiques devrait trouver à peu près l’équilibre entre ceux qui seraient fabriqués là-bas et ceux qui seraient fabriqués ici. Deux et deux seraient, par exemple, un accord assez raisonnable.
(…)
Merci./.