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Conférence de presse conjointe du Président Sarkozy et du Premier ministre britannique M. Gordon Brown

VISITE D’ETAT AU ROYAUME-UNI CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, ET DU PREMIER MINISTRE BRITANNIQUE, M. GORDON BROWN
- PROPOS DE M. SARKOZY - Retour à la table des matières

(Londres, 27 mars 2008)

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Mesdames et Messieurs, si vous le permettez, avant de répondre à vos questions, je me contenterais de très brèves remarques puisque j’ai eu le privilège et l’honneur de m’adresser aux représentants du Parlement britannique hier, je ne voudrais pas vous infliger un propos liminaire qui reprendrait les termes de mon discours d’hier. N’ayant pas changé d’avis entre hier après-midi et aujourd’hui.

Je voudrais d’abord remercier Gordon Brown pour la coopération exemplaire qui est la nôtre. Nous nous connaissons depuis plusieurs années. Gordon Brown a été l’un des meilleurs ministres des finances que l’Europe ait connu, il a été dix ans à ces responsabilités. Il a fait un travail remarquable au service de l’économie britannique. Je dois à la vérité de dire que depuis qu’il est au 10 Downing Street et moi président de la République, nous travaillons main dans la main. Nous travaillons main dans la main parce que sur l’ensemble des problèmes, nos analyses sont extrêmement voisines et quand elles ne le sont pas, on rapproche nos points de vue pour élaborer une position commune. Et je trouve très intéressant, d’ailleurs, l’expression Europe globale, Europe mondiale qu’a employée Gordon Brown. J’ai d’ailleurs l’intention, lorsque j’exercerai la Présidence de l’Union de me concerter avec Gordon Brown de façon à ce que la Grande-Bretagne soit associée à la Présidence française. Et donc, je voudrais te remercier de ton accueil, et remercier également ton épouse et dire qu’au-delà même de la conviction que j’ai que la France et la Grande-Bretagne doivent travailler ensemble, nos relations personnelles facilitent beaucoup notre travail de même que l’entente entre les deux équipes qui se parlent quotidiennement.

Le compte-rendu du sommet est riche, je ne le commenterai pas et si vous avez des questions j’y répondrai. Encore plus riches, sont les perspectives d’avenir que nous avons évoquées avec le Premier ministre Gordon Brown sur lesquelles nous voulons avancer, sur lesquelles nous travaillons pour inscrire ce partenariat entre la Grande-Bretagne et la France dans l’avenir. Encore bien des sujets sur lesquels, me semble-t-il, on peut faire plus. Vous comprendrez également que je veuille remercier la Reine pour son invitation. Et plus largement le peuple britannique pour les innombrables témoignages d’amitié et de sympathie qu’ils nous ont adressés à mon épouse comme à moi-même. Naturellement si vous aviez par hasard des questions, je serais ravi, aux côtés du Premier ministre britannique, d’essayer d’y répondre.

Q - Nous avons entendu parler d’un partenariat renforcé et vous en avez parlé aussi. Mais il y a beaucoup de personnes qui comprennent qu’il y a des tensions historiques au niveau de l’OTAN, de la réforme de l’Union européenne, le commerce libre, le protectionnisme. Permettez-moi de vous poser une question générale, le président Sarkozy, est venu ici, il a flatté le Royaume-Uni, il nous a charmé, est-ce que les deux côtés vont se sentir en fait, aussi bien le matin suivant la nuit précédente ?

R - Ecoutez franchement, sur l’Afrique et la nécessité de son développement et la paix au Darfour - sous le contrôle de Bernard Kouchner -, nos positions sont les mêmes. Sur le climat, notre position est exactement la même et nous avons besoin des Anglais pour convaincre les Américains d’aller aussi loin que nous. Sur la transparence des marchés financiers, je me réfère à la réunion que nous avons eue fin janvier à Londres, et j’espère que tu en organiseras une nouvelle en octobre. Nous sommes sur la même ligne. Il faut de la transparence. Sur la nécessité de nous doter d’institutions internationales pour le XXIème siècle et pas pour le XXème siècle, nous sommes sur la même ligne. Sur l’immigration, nous avons compris que nous devions travailler ensemble. Ecoutez, cela fait déjà cinq sujets d’accord complet. Ce n’est pas la question d’une nuit. Cela peut même passer le petit-déjeuner. Et je suis persuadé que si l’on restait une nuit de plus, on serait toujours d’accord là-dessus. Mais venons-en aux sujets qui étaient des sujets de malentendu ou de désaccord. C’est intéressant aussi cela. D’abord la question du libre -échange et du protectionnisme. J’ai dit à Gordon Brown que la France est pour le libre-échange, pour l’économie de marché et pour la mondialisation. Et je lui ai indiqué aussi que nous voulions la réciprocité. Je pense que sur cette ligne là, peut-être, vous pouvez dire que chacun a fait un pas là vers l’autre, d’accord. Quand on discute, il vaut mieux que chacun fasse un pas l’un vers l’autre plutôt que chacun reste dans son camp à soi. Il veut la mondialisation, il a raison parce que la mondialisation apporte au monde. Mais nous voulons la réciprocité, parce que nous voulons la concurrence loyale. Nous nous sommes parfaitement mis d’accord là-dessus, y compris sur l’affaire de l’Europe mondiale lorsque Gordon Brown était ministre des Finances, on en a déjà parlé. J’étais pour l’Europe tout court, il était pour le monde, on se retrouve sur une Europe mondiale. C’est-à-dire que je crois que Gordon est persuadé qu’avec l’Europe, on pèsera plus sur l’organisation du monde et moi j’ai fait ma partie du chemin, disant que l’Europe c’était pour être dans le monde d’aujourd’hui.

J’ajoute et je voudrais le dire très sincèrement, que ce que fait Gordon Brown à la tête du gouvernement britannique pour l’Europe avec le processus de ratification du Traité simplifié, est quelque chose dont bénéficiera toute l’Europe. Il le fait avec courage, avec loyauté vis-à-vis de ses vingt-six autres partenaires et croyez bien, je ne suis pas le seul en Europe à apprécier l’attitude de Gordon Brown sur ce sujet. Je suis très tranquille, je n’ignore pas qu’il est travailliste, je ne le suis pas, mais ce qu’il a fait, il fallait le faire. Et je n’oublie pas non plus que le Traité simplifié, je m’y suis engagé de toutes mes forces, mais si tout le monde ne le ratifie pas, il n’y en a pas. Grâce à lui, l’Europe, je l’espère, pourra avancer. Et je l’ai dit aux représentants de l’opposition comme aux représentants du parti libéral. Ce n’est pas à moi de faire de la politique en Grande-Bretagne. Mais j’ai le droit quand même, comme les autres partenaires, venant d’un pays qui a voté non, de dire cela et de le dire très sincèrement.

Enfin, sur l’affaire de l’OTAN, je vais partout dans le monde pour dire qu’on a besoin de l’OTAN et qu’on a besoin de l’Europe de la défense. Et que, dans mon esprit, l’Europe de la défense n’est pas un substitut à l’OTAN. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un et l’autre. Ce que nous avons proposé, Gordon Brown et moi, c’est beaucoup plus qu’un seul sommet. C’est une réflexion à nos deux peuples, à nos deux sociétés. Quand on gratte un petit peu et qu’on va au fond des dossiers, on s’aperçoit qu’on peut avoir des positions communes.

Alors il reste les questions financières, il reste la question agricole, eh bien, on va en parler. Qu’est-ce qu’est cette méthode qui voudrait qu’on ne parle jamais des questions qui sont difficiles ? On a choisi l’inverse, en parler pour se mettre d’accord. Je crois pouvoir démontrer que c’est une alliance solide. Elle est d’autant plus solide qu’elle ne se construit qu’entre personnes. Et je sais parfaitement bien qu’un président français a la responsabilité historique de continuer un partenariat amical avec les Allemands. Parce que cela compte. Mais j’ai toujours dit aussi que ce n’était pas suffisant dans l’Europe à vingt-sept. Qu’on avait besoin des Anglais. J’ai vu certains articles sur un changement stratégique. Oui, il y a un changement stratégique, on veut travailler main dans la main avec les Anglais. Mais cela ne veut pas dire que la nécessité de l’entente franco-allemande est moins présente, elle est toujours présente. De la même façon, j’ai cru comprendre que les rapports entre Angela Merkel et Gordon Brown étaient excellents. Quand je viens à Londres, je ne suis pas seul, il y a aussi Angela. C’est l’Europe d’aujourd’hui, on essaye de la faire progresser.

Q - Une question pour vous deux mais tout d’abord pour le président Sarkozy. Monsieur le Président, vous avez dit à quel point vous voulez que le Royaume-Uni joue un rôle en Europe et à quel point l’Europe a besoin du Royaume-Uni. Est-ce que vous pensez que le Royaume-Uni pourra vraiment jouer ce rôle alors qu’il reste en dehors de la monnaie unique ?

R - J’ai toujours pensé qu’on avait besoin du Royaume-Uni en Europe parce que cela ouvrait l’Europe sur le monde. J’ajoute que le Royaume-Uni et la France, ce sont les deux tiers de l’effort de défense de l’Europe. Donc on a quand même besoin de travailler avec ceux qui nous ressemblent. Alors, il ne m’a pas échappé que vous n’êtes pas dans Schengen, que vous n’êtes pas dans l’euro et qu’il y a parfois des clauses d’opt-out qui sont négociées, c’est une réalité. Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais cela ne me donne pas le sentiment qu’on a besoin de moins de Royaume-Uni mais de plus. C’est ce que j’ai essayé de dire hier soir au Parlement. Vous autres, amis anglais, vous voulez une autre Europe. C’est plus facile de construire l’autre Europe avec vous à l’intérieur qu’avec vous à l’extérieur. Et c’est faire preuve d’amitié et de confiance que de vous dire que si vous êtes de plain-pied dans l’Europe, vous aurez plus de chance de la faire bouger, de la faire évoluer selon vos idées, que si vous êtes dehors. Voilà pourquoi il faut que vous ratifiiez le Traité simplifié. Alors après, il ne m’appartient pas de porter un jugement sur la politique intérieure britannique, mais on a envie de travailler avec vous. Je le dis pourquoi ? Parce que je viens d’un pays, je préside un pays qui a voté non à 55 % et je m’étais engagé d’ailleurs à ce qu’il n’y ait pas de référendum, à trois jours du deuxième tour. J’ai peut-être quelque crédit lorsque je dis que l’on a besoin des Britanniques pour faire évoluer l’Europe. Et la faire évoluer vers plus de politique, plus de concret. Parce que vous savez, c’est encore un point d’accord entre Gordon Brown et moi, le Traité simplifié ce n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. Et à nous maintenant de donner du contenu à cette politique européenne. Pour que les Britanniques comme les Français se disent : "ah oui, ce qu’ils font sert à quelque chose dans notre vie quotidienne". C’est plus facile pour nous, Français, de nous battre sur ces idées et de faire évoluer les autres si vous les Anglais vous êtes de plain-pied à l’intérieur de l’Europe. Et vous nous aidez ou nous vous aidons. Et je crois que c’est absolument capital que cela se passe comme cela. Je pense que chacun est capable de l’entendre et de le comprendre. Pour autant chaque pays a son histoire, ses freins, ses craintes ou ses espérances. Ce n’est pas nous, les Français, dont le non au référendum a immobilisé l’Europe pendant un certain nombre de mois, voire d’années, qui allons reprocher aux Britanniques les interrogations que vous pouvez avoir sur l’Europe. Nous, on les a surmontées. Et on souhaite vivement que vous le fassiez pour transformer l’Europe.

Q - Permettez-moi de vous demander, à vous deux, si les leaders de ces démocraties importantes, le Royaume-Uni et la France, devraient boycotter la cérémonie d’ouverture à Beijing étant donné ce qu’il se passe au Tibet ? Et est-ce qu’il faut aller plus loin et encourager vos athlètes peut-être à boycotter les jeux entièrement ?

R - Sur cette question du boycott, j’observe que le Dalaï-Lama lui-même ne le souhaite pas. Pas davantage que l’indépendance du Tibet. J’observe qu’aucun des vingt-sept pays de l’Union ne l’a demandé ou ne l’a proposé. C’est pour la réponse de fond. Pour le reste, notre analyse est commune et nous avons été choqués par ce qui s’est passé au Tibet. Et nous avons fait valoir notre vive préoccupation, chacun à notre façon mais, sur le fond, c’était la même préoccupation. Troisième point, nous pensons tous les deux que la seule solution est la reprise du dialogue entre les autorités chinoises et le Dalaï-Lama dans le cadre du respect de la territorialité chinoise. Pour le reste, nous sommes également d’accord avec les problèmes particuliers qui sont les nôtres. Moi, je serai président de l’Union au moment de la cérémonie d’ouverture. Je dois donc m’assurer de ce que pensent les autres avant de fixer une position pour savoir si j’irai à la cérémonie d’ouverture ou pas.

Deuxième élément, j’espère bien qu’on va mettre à profit, n’est-ce pas Bernard Kouchner, ces mois qui nous restent pour que la situation s’apaise. Et, en fonction de l’évolution de la situation au Tibet, je me réserverai de dire si je vais ou non à la cérémonie d’ouverture et s’il y a lieu de prendre d’autres initiatives. Nos amis britanniques ont un autre problème que je comprends parfaitement, c’est qu’ils sont les prochains organisateurs des Jeux Olympiques. Donc il y a un passage de flambeau. Cela n’a rien à voir avec une différence politique, simplement le fait d’avoir la responsabilité d’organiser les Jeux qui suivront ceux de Pékin. Pour le reste, voilà notre position. Je crois qu’elle est raisonnable, qu’elle est ferme et qu’en même temps notre but, ce n’est pas d’avoir une Chine qui se crispe sur un réflexe nationaliste et identitaire. Et chacun doit comprendre cela. Nous voulons défendre le respect des Droits de l’Homme, des droits religieux, des droits de toutes les minorités et nous ne voulons pas le réflexe d’une Chine qui se crispe, qui se rétracte sur un réflexe nationaliste. Voilà donc la position qui est la nôtre, il me semble qu’elle est très en harmonie.

Q - Concernant la politique agricole commune, vous dites que nos deux pays sont très proches, mais il y a d’énormes différences. Notre Premier ministre a déjà dit qu’il voulait se débarrasser de toute subvention directe avant 2020. Est-ce que vous voulez bien vous engager afin de réduire les tarifs et les subventions et les réformes fondamentales vis-à-vis de cette politique lorsque vous aurez la présidence ?

R - Je n’ai jamais dit que, sur ce point-là, on était arrivé au bout des discussions, mais on n’a pas vu souvent un président français dire : parlons-en au lieu de nous affronter. Je vais aller sur votre terrain. Est-ce que vous croyez que la demande de sécurité sanitaire du consommateur britannique est si différente de la demande sécurité sanitaire du consommateur français. Vous avez eu votre propre crise, vous autres, en Grande-Bretagne, et nous l’avons eue aussi. Est-ce qu’on ne peut pas se mettre d’accord sur quelque chose ? C’est servir au consommateur européen des produits d’élevage et des produits agricoles dont on est sûr de la traçabilité. A quoi cela sert-il d’imposer aux agriculteurs, aux éleveurs européens des règles qu’on contournerait en important en Europe des produits qui viennent de pays qui ne respectent aucunes de ces règles, c’est un point où on peut discuter. Par ailleurs, sur les subventions on peut discuter si on discute aussi des prix et de la préférence communautaire. Et je suis persuadé que c’est très important que des pays agricoles, comme la France, et ceux qui le sont un peu moins, comme l’Angleterre, acceptent de se mettre autour d’une table pour se comprendre. Parce qu’au fond c’est le même marché. Et pour essayer de tracer des lignes communes. Plutôt que l’un se plaigne du chèque britannique -c’est de bonne guerre que je vous en parle puisque je n’ai des questions que de la presse britannique- et que l’autre se plaigne des subventions agricoles. Voilà, je pense que c’est plus intelligent de notre part de dire : voilà, c’est un problème difficile, il n’est pas difficile depuis quelques semaines, depuis quelques mois, on le met sur la table et on essaye de se comprendre. Est-ce qu’on y arrivera ? On verra bien ! Mais si on ne parle pas, comment peut-on y arriver ? Et il me semble que sur la sécurité sanitaire, on peut trouver des voies d’accord.

Q - Monsieur le Président, il y a demain un sommet arabe où deux de vos amis, le Roi d’Arabie saoudite et le président Moubarak s’absentent. Est-ce qu’il y a une position commune européenne vis-à-vis de la Syrie ? Est-ce que M. Brown partage votre position vis-à-vis de la Syrie et du Liban ? Est-ce que c’est une priorité pour l’Angleterre comme pour la France ? Merci.

R - Ecoutez, vous dites qu’il y a deux pays qui s’abstiennent de participer, ce n’est pas n’importe lesquels : l’Egypte c’est 76 millions d’habitants, cela compte et l’Arabie Saoudite c’est 26 millions d’habitants et le gardien des lieux saints de l’islam. Quand ces deux pays décident de ne pas venir à un sommet cela veut dire quelque chose. Et moi, je pense qu’ils ont raison. Parce que la Syrie a été trop loin. Et nous avons été un certain nombre à envoyer des messages très précis au président syrien. Le Liban est un pays libre, c’est un pays indépendant. Le Liban n’a pas besoin qu’un autre pays essaye de gérer ses affaires à sa place. Ce n’est pas un concept français ou britannique, c’est un concept démocratique. Qu’on laisse les Libanais tranquilles et que des pays aux dirigeants aussi sages que l’Arabie saoudite et l’Egypte décident de ne pas venir parce que ce sommet a lieu à Damas, cela a une signification que le président Bachar El Assad serait bien inspiré, me semble-t-il, d’entendre. Il ne s’agit pas des Occidentaux, il ne s’agit pas des français, il s’agit de ses frères arabes qui lui disent : "cela suffit". Et je suis très heureux d’ailleurs et j’en terminerai par là, que sur une question aussi importante on voit bien que ce n’est pas un problème entre l’Occident et l’Orient, entre les Arabes et les autres, qu’il y a un certain nombre de dirigeants arabes qui disent que maintenant cela suffit. J’espère que j’ai été clair.

Q - Monsieur le Président, les dirigeants de l’opposition en France s’élèvent ce matin sur le fait que vous ayez parlé d’une possible augmentation des effectifs en Afghanistan, c’est de bonne guerre si je peux dire. Mais surtout le président du Parlement, M. Bernard Accoyer, qui appartient à la majorité demande que le Parlement français soit saisi de la question de l’augmentation du contingent français en Afghanistan. Quelle est votre réponse ?

R - D’abord j’ai dit hier, que je ne souhaitais pas le retour des Talibans en Afghanistan. J’espère que les dirigeants de l’opposition française partagent mon opinion. J’ai dit également hier, que le message envoyé au monde et aux terroristes d’un échec en Afghanistan serait un message désastreux. J’espère que les dirigeants de l’opposition partagent cette opinion. S’agissant du débat, j’en ai parlé moi-même avec le président de l’Assemblée nationale et ce débat, je le souhaite. Bernard Kouchner, avant de partir, a d’ailleurs dit que nous l’organiserions avant le sommet de Bucarest. J’ajoute que je souhaite que les dirigeants de l’opposition tirent la conclusion qu’il faut voter d’urgence la réforme de la Constitution que je propose puisque dans cette réforme on fait obligation au gouvernement d’informer le Parlement sur toutes les questions de défense. N’est-ce pas M. Morin ? Enfin, j’ai posé un certain nombre de conditions, pour l’augmentation de notre participation et je crois d’ailleurs qu’on est encore une fois pleinement d’accord avec Gordon Brown. C’est la lettre que j’ai adressée à nos partenaires de l’OTAN. Il faut une stratégie car comme Gordon Brown, je pense que la victoire en Afghanistan ne peut pas être que militaire. Donc ma réponse est très claire : oui au débat. Sans aucune réserve.

Q - Monsieur le Président, vous avez hier, devant les deux chambres du Parlement britannique, exposé une vision très flatteuse des perspectives pour l’amitié franco-britannique, ce que vous avez appelé, non plus l’Entente cordiale, mais l’Entente amicale. Est-ce que vous croyez que les opinions publiques des deux pays sont prêtes à vous suivre dans cette nouvelle phase des rapports entre nos deux pays ?

R - Ils n’ont pas besoin de nous suivre, parce qu’ils nous ont précédés. Franchement, ces centaines de milliers de jeunes Français qui se trouvent à Londres n’ont pas attendu que je prononce un discours pour y venir, et tous ces Anglais qui achètent des résidences en France n’ont pas attendu non plus le signal de Gordon Brown. Donc, voyez-vous, j’ai plutôt le sentiment que c’est nous qui suivons nos peuples plutôt que le contraire.

Q - Je voudrais revenir sur le mot de M. Brown qui a qualifié votre visite d’historique. Hier, vous avez été reçu avec votre épouse Carla Bruni-Sarkozy à Windsor. On a assisté à une journée fastueuse et, ce matin, on entend, on lit des commentaires très élogieux sur la prestation de votre épouse. Je voudrais savoir si vous n’avez pas le sentiment de vous faire un peu voler la vedette, et si au fond ce n’est pas un peu "too much" ?

R - Je félicite M. Jeudy pour ces progrès dans la langue de Shakespeare. On sent vraiment qu’on a raclé les fonds de tiroir ! Et puis, pour cette conception curieuse du couple, j’imagine que c’est une expérience extérieure qui vous fait poser cette question. Je vais vous dire une chose, j’étais très ému de l’accueil qu’a reçu Carla. Je trouve d’ailleurs que c’est très mérité et on en a tellement lu des choses que je suis très heureux de voir que justice lui est ainsi rendue. Et, dans le fond, vous me demandez pourquoi je la connais mieux que vous ? Cela aurait peut-être évité tous ces articles inutiles de ces dernières semaines. Et je peux vous dire une chose, c’est que pour moi c’était très émouvant. Je pense qu’elle a fait honneur à notre pays, pas simplement pour des raisons d’apparence extérieure mais parce qu’à l’intérieur de l’apparence, chacun a compris que c’est une femme qui a des convictions, une sensibilité, une humanité et que ces convictions, cette sensibilité, cette humanité font l’élégance de Carla.

Merci à tout le monde./.