Conférence de presse de Jean-Marc Ayrault et Boris Johnson

Conférence de presse conjointe de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international avec son homologue britannique M. Boris Johnson

Paris, 28 juillet 2016

Mesdames et Messieurs,
Merci de votre présence. Après ce déjeuner que nous venons de partager, je voudrais à nouveau dire combien je suis très heureux d’accueillir aujourd’hui le Ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, M. Boris Johnson, pour sa première visite de travail à Paris, peu de jours après sa prise de fonctions. Je suis heureux de l’accueillir au Quai d’Orsay, dans le salon de l’Horloge.

Nous avons finalement eu l’occasion de nous voir assez souvent en si peu de jours, tant l’actualité internationale nous mobilise.

Boris Johnson est venu à Paris et je le remercie de sa visite. C’est quelqu’un qui est est bien connu en France ; et pas uniquement pour son excellente biographie de Winston Churchill, mais aussi comme maire de Londres. Il connaît bien la France également et parle très bien le français. Je me suis d’ailleurs même laissé dire, cher Boris, que votre famille maternelle aurait des origines dans la région de Nantes, ma ville. Nous avons parlé de Nantes tout à l’heure, puisque nous avions eu pour la première fois l’occasion de nous rencontrer à Copenhague. Vous étiez maire de Londres et moi maire de Nantes.

Cette réunion m’a d’abord permis de remercier le Foreign Secretary pour le témoignage de solidarité et de soutien dont il a souhaité me faire part, dès le 15 juillet, au lendemain de cette effroyable tuerie de Nice, puis à nouveau lors du Conseil des Affaires étrangères le 18 juillet et encore ce matin même, en évoquant l’assassinat barbare d’un prêtre catholique avant-hier à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Nous partageons le même combat, le Royaume-Uni et la France ; nous sommes engagées dans cette lutte implacable contre le terrorisme de Daech. C’est dans ces circonstances difficiles, que l’on sait combien on peut compter sur ses amis et, après les attentats du 13 novembre, le Royaume-Uni a été aux côtés de la France pour agir en Syrie contre les groupes terroristes. Cet engagement se poursuit aujourd’hui et nous souhaitons même le renforcer. Nous avons évoqué ces sujets, comme nous l’avions fait à Washington la semaine dernière, lors de la réunion de la coalition anti-Daech.

Cette lutte, appelle une mobilisation commune, elle est l’occasion d’affirmer notre attachement à nos de nos valeurs communes. Seul le respect des libertés publiques et de l’Etat de droit peut nous donner la force nécessaire pour faire face au défi auquel nous sommes confrontés ; pas seulement au Moyen-Orient, mais dans chacune de nos sociétés. Et il s’agit de préserver nos sociétés de la division, de la fracture, de l’affrontement entre communautés religieuses ou entre catégories sociales. Nous devons tout faire pour ne pas donner prise au but de nos adversaires, ceux de Daech. Il faut défendre l’Etat de droit, défendre la démocratie, défendre nos principes, ce n’est pas contradictoire avec la nécessité de tout faire pour assurer la sécurité de nos concitoyens.

Nous disposons pour cela d’un arsenal déjà considérable qu’il faut, et c’est déjà beaucoup, faire vivre, faire fonctionner jusqu’au bout. Nos forces de sécurité et nos services de renseignement coopèrent déjà beaucoup et nous avons justement renforcé cette coopération avec le Royaume-Uni et nous allons poursuivre en ce sens. En tout cas, nous avons partagé cette volonté, cette même préoccupation, cette même inquiétude mais aussi cette même exigence.

Et, naturellement, nous avons également évoqué le référendum du 23 juin et ses suites, dans le prolongement de la visite de la Première ministre, Mme May, à Paris il y a une semaine, qui a confirmé que le choix du peuple britannique serait mis en œuvre et devra être respecté.

La France respecte le vote des citoyens. . Il revient à présent d’en tirer les conséquences en organisant de manière coordonnée, efficace, professionnelle, sincère et équitable la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne et en permettant aussi à l’Union européenne de préserver ses conceptions et son fonctionnement.

Dans l’immédiat et à nouveau, je redis ici, puisque cela a été dit par le président de la République à l’occasion de la visite de la Première ministre que nous comprenons bien que le gouvernement britannique ait besoin de définir précisément sa position de négociation.

C’est compréhensible. Ensuite, les négociations s’engageront. Comme vous le savez, M. Juncker le président de la commission européenne a désigné Michel Barnier comme responsable de cette négociation et de la mise en œuvre de l’article 50. Je fais toute confiance aux institutions européennes pour que ce travail soit fait dans les meilleures conditions possibles.

L’essentiel de nos échanges a été consacré aux coopérations entre nos pays et aux dossiers internationaux.

Avec le Royaume-Uni, nous sommes en effet unis par des liens historiques d’amitié et des coopérations approfondies.

Des coopérations bilatérales, dans le domaine de la sécurité, avec une coopération franco-britannique unique et exemplaire contre le terrorisme ; dans le domaine de la défense - depuis le Traités de Lancaster House en 2010, les progrès ont été nombreux et très concrets, avec la mise en place d’une Force expéditionnaire jointe interarmées ou l’approfondissement de notre coopération d’armement ; en matière migratoire à leur frontière commune, pour assurer la sécurité et lutter contre les migrations illégales.

Je veux dire à cet égard que les services français et britanniques, en lien avec les opérateurs, ont travaillé ensemble d’arrache-pied ces derniers jours et ces dernières heures pour permettre un franchissement rapide de la frontière à Douvres et éviter que les attentes, notamment au moment des week-ends, en ces périodes vacances ne se reproduisent, tout en respectant les mesures de sécurité que nos concitoyens, Français et britanniques attendent évidemment. Nous y serons très attentifs.

La France et le Royaume-Uni sont enfin liés par des coopérations économiques et industrielles fortes. Nous avons évoqué ces différents chantiers comme vous le savez, les échanges économiques entre la Grande-Bretagne et la France à un niveau extrêmement élevé et que cela pèse très fort dans les résultats de notre commerce extérieur. C’est effectivement un point très positif que nous voulons poursuivre.

La France et le Royaume-Uni sont également unis par des coopérations sur la scène internationale, tous deux membres permanents du conseil de sécurité, ce qui fait que nous nous retrouvons très souvent côte-à-côte. J’ai évoqué le conseil de sécurité, mais c’est aussi vrai au G7, au G20 et l’OTAN. qui se traduisent dans toutes Cette convergence s’appuie surtout sur une compréhension commune des défis sur les principaux théâtres de crise et nous avons en particulier évoqué le dossier syrien. Nous y avons consacré une bonne partie de notre déjeuner de travail, en partageant quatre priorités :

restaurer la trêve ; acheminer l’aide humanitaire partout où elle est nécessaire ; reprendre les négociations pour enfin organiser une transition politique crédible ; poursuivre et intensifier notre lutte contre Daech et Jabat al-Nosra. Nous y avons consacré la plus grande attention et une part importante de nos échanges. Un communiqué spécifique est en cours de publication.

En Libye, nous faisons les mêmes efforts pour soutenir le gouvernement d’Entente nationale et encourager le dialogue. Notre soutien se manifeste aussi par notre engagement à mettre en place un embargo sur les armes, grâce notamment à l’opération EUNAVFOR MED Sophia. Nous avons réaffirmé notre soutien au gouvernement d’entente nationale de M. Sarraj.

Nous avons également évoqué l’Afrique, où nos deux pays sont particulièrement liés. Nous sommes partenaires pour le développement de ce continent, nous sommes partenaires pour la sécurité de ce continent, nous sommes partenaires pour la lutte contre le terrorisme, contre AQMI, contre Boko Haram. Nous pensons, et c’est vrai que notre histoire commune nous y conduit, que l’Afrique est le continent qui va présenter le plus d’opportunités, le continent qui voit sa population augmenter avec les problèmes que cela impliquent, mais aussi les capacités que cela permet. Nous ne devons donc pas laisser tomber l’Afrique, nous devons aider les pays africains qui font tout pour se moderniser, tout pour renforcer leur démocratie et qui font tout aussi, pour régler les conflits régionaux. C’est donc à leurs côtés que nous devons nous engager. Je crois qu’en effet, la France et la Grande-Bretagne ont un rôle particulier à jouer. Sur l’ensemble de ces questions, nous partageons la même préoccupation : renforcer la sécurité des Européens.

C’est en effet aux mêmes enjeux et aux mêmes menaces que nous devons faire face ensemble. Et c’est la raison pour laquelle nous allons travailler côte à côte en ce sens, quelle que soit notre vision de l’avenir de l’Europe et chacun la connaît, cela n’empêche pas que nous avons des combats communs à mener, des valeurs communes à partager et c’est ce que nous avons constaté aujourd’hui. Entre la France et la Grande-Bretagne, il y a et il y aura encore beaucoup de choses en commun et beaucoup de choses à faire ensemble.
Je vous remercie.

publié le 30/08/2016

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