london_paris_panoramic Français English
» Actualités » Dossiers » Dossiers thématiques » Science, Energie, Environnement et Santé » Cadarache choisi pour le projet ITER

Cadarache choisi pour le projet ITER

Après 15 années de réflexion, la communauté scientifique internationale s’est entendue pour implanter le projet international ITER à Cadarache, dans le Sud de la France. Les scientifiques espèrent réussir à contrôler l’énergie issue de la fusion thermonucléaire.

« L’objectif principal d’ITER est d’apporter une démonstration scientifique de la faisabilité de la fusion nucléaire », annonce Gabriel Marbach, adjoint au chef du département de recherche sur la fusion contrôlée au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache. « Ce qui ne veut pas dire qu’au lendemain de cette expérience l’ouverture d’une filière d’exploitation sera immédiatement envisageable », ajoute-t-il. Après plusieurs années de réflexion, ce projet international sera mené en France. Parmi tous les sites (1) proposés pour l’accueillir, c’est finalement celui de Cadarache qui a été retenu. Situé à 40 km environ au nord d’Aix-en-Provence, il est l’une des plus grandes plates formes de recherche scientifique et technologique de la région méridionale Provence-Alpes-Côte d’Azur. Avec plus de 4.100 personnes, il est le plus grand centre de recherche et développement pour l’énergie en Europe. « C’est l’une des principales raisons pour lesquelles Cadarache a été choisi : la proximité d’un centre d’étude pré-existant qui apportera toutes ses compétences au projet. Une présence qui apporte en plus des avantages logistiques évidents. », ajoute Gabriel Marbach. Ainsi, les premiers chercheurs du projet qui arriveront en octobre pourront être accueillis à Cadarache immédiatement. L’autre facteur déterminant le choix de ce site a été l’efficacité du réseau électrique en France. Acteur majeur en matière de recherche, de développement et d’innovation, le CEA intervient dans trois grands domaines : l’énergie, les technologies pour l’information et la santé, et la défense. A travers la diversité de ses programmes, il poursuit deux objectifs majeurs : devenir le premier organisme européen de recherche technologique et garantir la pérennité de la dissuasion nucléaire. A Cadarache, le centre du CEA mène des recherches sur la fusion depuis plusieurs années déjà.

L’énergie nucléaire peut être libérée de deux façons : soit en cassant des noyaux atomiques lourds, soit en fusionnant des noyaux très légers. Ce que l’on appelle respectivement la fission et la fusion nucléaire. Si la fission est contrôlée depuis longtemps pour la production d’électricité, la fusion ne l’est toujours pas. Au cœur des étoiles, par exemple dans le soleil, elle se fait naturellement grâce aux conditions extrêmes qui y règnent. Les noyaux d’hydrogènes s’y combinent ou fusionnent pour donner des noyaux plus lourds, dégageant ainsi une énergie considérable à l’origine de la chaleur et de la lumière que nous recevons. Pour obtenir ce type de réaction sur terre, il faut réussir à rapprocher suffisamment deux noyaux qui, puisqu’ils sont tous deux chargés positivement, se repoussent. Une certaine énergie est donc indispensable pour déclencher la réaction. La fusion nécessite de très fortes températures afin que les noyaux soient suffisamment excités (de l’ordre de 200 millions de degrés). Elle demande par ailleurs un certain confinement, de manière à augmenter les chances de rencontre entre les atomes. Les chercheurs expérimentent depuis plusieurs années la fusion, grâce aux machines appelées « tokamak ». Avec le projet ITER, la communauté scientifique internationale s’apprête à construire la plus importante de ces machines jamais réalisées.

L’origine d’ITER remonte au Sommet de Genève en novembre 1985, lorsque l’Union soviétique propose de construire une nouvelle génération de tokamaks sur la base d’une collaboration intégrant les quatre partenaires majeurs du programme fusion. Les Etats-Unis, l’Europe et le Japon répondent favorablement à cette proposition l’année suivante. Ainsi naît le projet, qui regroupe dès lors 4 participants sous les auspices de l’Agence internationale de l’Énergie atomique (AIEA) : les Etats-Unis, le Japon, la Russie et l’Europe (à laquelle est associée le Canada). La première phase d’études, appelée CDA (Conceptuel Design Activities), démarre quelques années plus tard, en avril 1988. Elle dure 2 ans. La première phase de l’ingénierie détaillée (Engineering Design Activity) se termine ensuite à la fin de l’année 1998, date à laquelle, pour des raisons internes, les Etats-Unis se retirèrent du projet. Les trois autres partenaires orientent alors leurs efforts vers la conception d’une installation ayant un coût et des objectifs réduits. La phase d’ingénierie détaillée de cette nouvelle version s’achève en juillet 2001. La phase suivante, ou phase de coordination des activités techniques (Co-ordinated Technical Activities - CTA) prend fin en 2002. Elle avait pour objectifs de maintenir l’intégrité du projet, de préparer les procédures nécessaires pour la construction et l’exploitation en commun d’ITER et de fournir un support technique aux représentants des partenaires chargés des négociations sur le site. Les négociations quadripartites entre le Canada, l’Europe, le Japon et la Fédération de Russie débouchent enfin sur la sélection d’un site, ainsi que sur la définition des conditions de financement de la construction et sur les contours juridiques de la future entité légale ayant en charge la réalisation et l’exploitation d’ITER. Les États-Unis et la Chine ont rejoint les négociations en janvier 2003.

La réalisation d’ITER devrait démarrer d’ici à 2 ans et comptera 10 ans de construction, avant de commencer les essais prévus pour durer 20 ans. « La construction d’une filière de production d’électricité par fusion nucléaire ne commencera pas ensuite avant 2050 », prévient Gabriel Marbach. La fusion pourra alors ouvrir la voie à des ressources en énergie quasiment illimitées, accessibles et sans conséquence sur l’effet de serre. Apportant, peut-être, un début de réponse aux enjeux énergétiques à venir. En effet, 87% de notre énergie provient toujours de l’énergie fossile non renouvelable (charbon, gaz…). Or, en tenant compte de la consommation actuelle d’énergie, les réserves de ces dernières sont estimées à 66 ans pour le gaz, 43 pour le pétrole et 240 pour le charbon. D’autre part, selon de récentes estimations, la population mondiale passerait de 6,4 milliards à 9 milliards d’ici à 2050. Si la proportion d’utilisation des énergies d’origine fossile reste la même, la concentration de gaz à effet de serre doublera son taux actuel.

Delphine Barrais

1 (Clarington (Ontario, Canada), Rokkasho-Mura au nord de l’île Honshu (Japon), Cadarache (France) et Vandellos (Espagne).

SITE INTERNET
Site officiel du projet ITER : www.iter.gouv.fr _ Commissariat à l’Energie Atomique : www.cea.fr

Dernière mise à jour : 25.11.2005